L’urbanisation est un concept qui revêt plusieurs dimensions qui dans son expression la plus simple désigne l’augmentation de la population vivant en milieu urbain.

Elle peut aussi désigner deux transformations structurelles majeures.

La première est la rapidité avec laquelle augmente le niveau d’urbanisation, la seconde est la mesure dans laquelle cela s’accompagne de modifications structurelles dans le fonctionnement de la vie économique et sociale.

C’est en prenant en compte ces diverses dimensions que l’on peut comprendre les enjeux de l’urbanisation au Sénégal qui se posent en trois points : la rapidité de la croissance urbaine, la place des villes moyennes dans le réseau urbain sénégalais et la dimension juridique et institutionnelle et ses implications dans la gestion urbaine.

Le Sénégal comme plusieurs autres pays de l’Afrique connaît une urbanisation très rapide. En effet, la population urbaine est passée de 1 713 295 à 6 102 800 Hbts entre 1976 et 2013 alors que sur la même période celle rurale est passée de 3 284 590 à 7 405 915 Hbts (Voir Graphique 1). Ce qui montre que le Sénégal est résolument engagé vers sa transition urbaine.

Si cette tendance se confirme au cours de la prochaine décennie, le taux d’urbanisation sera de 50% à l’horizon 2025 alors qu’en Afrique en général, il faudra attendre 2050 pour voir la moitié de la population résider en ville.

Cette rapidité de la croissance urbaine est à l’origine de plusieurs problèmes notamment : le développement de l’habitat spontané et irrégulier, le déficit en équipements, les problèmes fonciers, la cherté du loyer, le problème d’environnement, l’alimentation en eau potable, les difficultés de gestion des ordures ménagères, les problèmes de transport, les complications relatives au fonctionnement du système urbain dans son ensemble etc.

Spécifiquement, les systèmes urbains pour l’essentiel des villes sénégalaises sont désarticulés avec un déficit et une mauvaise répartition des équipements polarisant dans l’espace.

Parmi ces équipements polarisant, il y a entre autres les plate-formes logistiques qui sont pour l’essentiel localisées dans la zone portuaire (Port Autonome de Dakar).

Cette localisation unipolaire des plate-formes logistiques associée au manque de lieux d’entrepôts à Dakar en particulier est à l’origine de la concentration des flux de transports de marchandises à sens unique entre le port de Dakar et le reste du territoire urbain et du pays avec comme conséquences, les nuisances de congestion, de pollution et d’insécurité. En effet, on rencontre souvent des conteneurs sur le bord des routes à Dakar en attente de déchargement encombrant la voie et créant des accidents mortels.

Aussi, les villes secondaires à fortes potentialités économiques à l’instar de Diaobé – Kabendou et Kidira ne disposent pas d’équipements de stockage et offrent par conséquent de réelles opportunités de promotion et de développement de plate-formes logistiques.

Une autre conséquence de cette désarticulation est aussi liée aux déplacements à sens unique des personnes suivis des problèmes de transport. C’est le cas de la région de Dakar où, de vastes zones d’habitat sont créées sans les équipements de proximité requis.

La rapidité de la croissance urbaine est donc un grand enjeu pour nos villes dans le sens qu’elle se traduit par des dysfonctionnements du système urbain qui devront être corrigés pour permettre à nos centres urbains de constituer de véritables pôles catalyseurs du développement économique et social.

La croissance urbaine au Sénégal ne se traduira pas seulement par l’augmentation de la population des grandes villes (Dakar, Thiès, Mbour, Touba, les villes centre régional…). Aujourd’hui une des grandes mutations de l’urbanisation au Sénégal réside dans le fait que les villes moyennes vont absorber une partie relativement importante des effectifs des nouveaux urbains.

Ces villes secondaires à l’instar de Diaobé, Dara, Linguère…, à court, moyen et long terme, vont occuper une place prépondérante dans le réseau urbain sénégalais.

Par conséquent c’est dans cette catégorie de villes que les besoins sont plus importants en termes de gestion urbaine, de planification, de renforcement de capacité des acteurs, de mise en place des services entre autres.

Cependant autant les villes moyennes devront être traitées avec une attention toute particulière autant dans les grandes villes déjà caractérisées par des dysfonctionnements majeurs, des efforts devront être consentis pour corriger les manquements constatés.

Les aspects juridiques et institutionnels et les implications en matière de gestion urbaine constituent un enjeu de taille pour l’urbanisation au Sénégal. Cette dimension abordée en rapport avec la dernière réforme de la décentralisation appelée « acte 3 de la décentralisation » pose un certain nombre de problèmes.

Dans le domaine de l’urbanisme, l’acte 3 de la décentralisation a consacré la communalisation intégrale avec comme conséquence la création de nouveaux acteurs qui vont disposer de compétences en matière d’urbanisme.

Il est important de préciser que certaines grandes communes du Sénégal ont presque épuisé leur stock de surface urbanisable. En d’autres termes, dans ces communes les besoins en surface urbanisables sont énormes car la population continue de croitre et la demande en matière de construction d’équipements sanitaire, scolaire, sportifs, marchands est forte.

Ces communes devront se développer dans les territoires des communes limitrophes, jadis communautés rurales. La difficulté réside dans la mise en place de mécanisme permettant une continuité fonctionnelle entre ces différents territoires d’où les risques de conflits, et de manquements dans le fonctionnement des territoires urbains.

Cependant, malgré le fait que l’urbanisation au Sénégal soit caractérisée par les nombreux et divers manquements relevés précédemment, les perspectives restent tout de même intéressantes car elle est un indicateur de développement.

Le taux d’urbanisation dans les pays développés avoisine en (France 77,5% en 2010); contre 45% pour le Sénégal en 2013.

Dans nos pays, l’urbanisation n’est pas toujours le résultat d’un développement économique. Elle est surtout le produit de l’accroissement naturel de la population, des flux migratoires notamment de l’exode rural et de l’attraction économique et psychologique exercée par les centres urbains.

Le défi actuel est de faire de l’urbanisation un catalyseur du développement économique et social dans notre pays. En effet, la citadinisation des populations est un signe de progrès car les conditions sanitaires sont plus favorables en ville qu’en campagne, l’accès aux équipements est meilleur, la scolarisation est plus facile, l’industrie et le développement du secteur tertiaire favorisent la création d’emplois même si ils sont informels.

Dans ce cadre, de réelles perspectives se présentent, il s’agit du positionnement des villes secondaires et de la correction des dysfonctionnements constatés dans les grandes villes. Ce qui permettra de tirer des avantages et externalités positifs entre ces centres et les villages ou plus globalement entre ces villes et leur hinterland.

Par ailleurs, pour faire de l’urbanisation un catalyseur de développement économique, il faut d’abord prendre en charge un certain nombre de préalables. Les plus importants sont : la planification urbaine et la volonté politique.

La planification a pour objet de construire une vision du devenir de nos villes sur le long terme. Elle constitue un cadre de référence pour les différents acteurs intervenant sur le territoire urbain.

Les documents de planification devront permettre d’anticiper et d’organiser l’occupation de l’espace urbain à travers une approche dynamique afin d’influer positivement sur le développement économique et social de nos centres urbains.

Il s’agira également de mettre en place les conditions d’un développement durable pour nos villes par :

   - la création d’une structure urbaine équilibrée,

   - la définition d’un système de transport adéquat prenant en compte les différentes fonctions,

   - la prise en compte des préoccupations fondamentales des populations par une meilleure programmation de l’espace en intégrant les impératifs d’activités, de déplacements et de loisirs,

   - la conception de projets et programmes adaptés aux fonctions de nos villes,

   - la prise en compte des problèmes des Voiries et Réseaux Divers (VRD),

   - la nécessité de sauvegarder l’environnement et les zones de cultures.

La planification devra s’inscrire dans une dynamique participative.

C’est dans cette optique que la volonté politique est décisive. En effet, aujourd’hui, dans le cadre de la décentralisation et du transfert de compétences en matière d’urbanisme, les autorités politiques au niveau local et central, jouent un rôle important aussi bien en matière d’élaboration des documents de planification que de leur mise en œuvre.

Dans la réalité, on constate que les collectivités locales ne disposent pas pour l’essentiel de moyens financiers et humains pour exercer leurs compétences en matière d’urbanisme.

Dès lors, il est impératif de renforcer leurs capacités dans le domaine de la gestion urbaine à travers le recrutement d’un personnel compétent. Il faut également un transfert réel de ressources financières de la part de l’Etat central pour permettre aux collectivités locales d’exercer les compétences transférées.

 

Seydou THIAW
Ingénieur – Urbaniste
Chef de projets à MINTECH INTERNATIONAL

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